RIDERS OF DEATH - Heavy/Speed/Thrash 80'

ANGELLORE - Errances
ANGELLORE

Errances

2013


Chro par : Doomer


Petit à petit, et de manière assez curieuse compte tenu du genre, on recommence à entendre parler du Gothic Doom. Sous-genre issu à l'origine d'un mélange entre le Doom/Death anglais des Peaceville Three et le « Gothic Death » pratiqué par des groupes allemands (notamment Atrocity et Crematory sur leurs deuxièmes albums respectifs), le Gothic Doom n'a réellement été qualifié comme genre musical que vers la fin des années 90, alors que le genre était déjà tombé en désuétude, remplacé par une version plus lisse et commercialement viable : le Gothic Metal.

C'est les scènes hollandaises et belges qui accoucheront desmeilleurs noms du genre dans les années 90. Rapidement phagocyté par son enfant, le genre disparaîtra des radars des chroniqueurs pour refaire une surprenante apparition à la fin de la première décennie 2000, quand l'Occident étonné découvrira que le genre est particulièrement apprécié des pays russophones, au point que l'Ukraine et la Russie se tirent la bourre au nombre de groupes actifs dans le genre chez eux. En France, les groupes à avoir pratiqué le genre sont très peu nombreux : Liturgy Of Decay et Hidden In Eternity sont les seuls noms qui me viennent à l'esprit. Et il faut maintenant y rajouter Angellore.

Actifs depuis ans, le groupe d'Avignon s'est forgé une bonne réputation underground à force de démos et splits divers. Finalement, c'est DreamCell 11 Entertainment qui s'y colle pour la sortie de ce premier album. Le nom du groupe est assez clair : il y a une bonne influence Tristania dans la musique d'Angellore, mais pas seulement. Le groupe se joue des pronostics et évite l'écueil habituel de l'abondance de clichés (« je pleure il fait froid elle est plus là et le lave-linge ne marche plus bouhouhouhou... ») qui font à la fois la force et la faiblesse du genre (surtout chez les groupes russophones). On trouve dans la musique d'Angellore abondance de riffs froids et lents, mais aussi des passages plus rapides et des ambiances morbides qui ne sont pas sans rappeler un peu des groupes comme Forets Of Shadows. Et surtout des solos qui servent à quelque chose, et renforce à chaque fois l'ambiance du morceau dans lequel ils sont placés : c'est suffisamment rare dans le genre pour être noté, la nouvelle génération des groupes de Gothic Doom ayant plutôt une tendance à vouloir montrer qu'ils ont bien bossé leur Rhapsody Of Fire au lieu de se concentrer à faire passer des émotions.

Au niveau du chant, on alterne des grognements d'outre-tombe et chant clair dans un registre baryton qui se rapproche assez d'Empyrium. Cette alternance permet à la musique de se positionner autrement que sur le traditionnel registre de « je suis un zombie dépressif et je vous jure que ce n'est pas facile », sans toutefois l'abandonner complètement. Les orchestrations sont bien en place, parfois légèrement trop envahissantes à mon goût (mais c'est le genre qui veut ça), mais là aussi on évite le cliché de la noyade sous un tsunami de claviers. Le truc en plus, c'est le vrai travail qui a été effectué sur la basse (le morceau 'I Am The Agony' donne l'impression d'avoir Jean-Jacques Moréac en bassiste d'appoint) et la batterie, même si cette derrière est un peu trop mixée en arrière. 'Errances' démontre ainsi sa volonté de vouloir s'extirper d'un paysage déjà cartographié mille fois par d'autres, tout en gardant les pieds bien proche de ses racines.

A une époque lointaine, ce type d'album aurait fini sur un gros label et aurait bénéficié d'une promotion accrue. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, mais cela ne doit pas vous empêcher de découvrir et soutenir le groupe. 'Errances' démontre chez Angellore un potentiel certain pour renouveler le genre, ce qui place le groupe dans le peloton des outsiders qu'il va falloir surveiller attentivement. On tient peut-être là, qui sait, le Draconian français ?
Retour